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21/01/2011

Géotripotages : Extrême-Orient

FarEastW.jpgUne dernière note en forme de révision pour les courageux lecteurs qui m'auront suivi jusqu'au bout. Nous avions un peu laissé la Chine en plan, traiter l'Asie sans le Japon n'est pas raisonnable. En regardant bien cette carte, on se souvient de Henan et Hebei (au sud et au nord du fleuve), on situe encore la Mongolie désertique, Diamondia et ses promesses, mais quel est donc ce massif côtier qui semble d'une couleur différente, et qui s'interpose bien commodément entre le Japon et la Chine impériale ?

Je ne vous fais pas languir, c'est Manshou, et chacun reconnaîtra qui le Mandchoukouo, qui la Mandchourie, etc. : cette région n'a jamais cessé d'exister sous toutes sortes de noms, habitée par toutes sortes de peuplades dont apparemment elle a un grand réservoir. Certaines régions du globe génèrent des richesses, d'autres génèrent des problèmes, celle-ci, en commun avec sa voisine la Mongolie, génère des peuples. Notons simplement les Jurchen (12e siècle) et les Mandchous (17e-19e).

Harbin_Skyline_2008.pngCette région est riche, le seul HeilongJiang (la partie la plus septentrionale) regorge de ressources minières (avec entre autres le gisement de pétrole géant de DaQing), et sa proximité avec l'océan fait qu'elle est parfaitement autonome sur le plan agricole. Comment Staline a pu se défaire de cette région pour la laisser aux bons soins du parti communiste chinois en gestation est au-delà de ma compréhension. Ci-contre la capitale Harbin, qui ne ressemble pas vraiment à Romorantin.

FarEast2.jpgDans cette région s'inclut l'actuelle Corée, nord et sud ; l'existence de cette partition force les actuels Coréens du Sud, qui n'ont de frontière commune qu'avec leurs frères du Nord, à vivre comme s'ils étaient sur une île, privés d'accès aux richesses et aux marchés pourtant à portée de main de la Mandchourie chinoise : pas étonnant qu'ils soient devenus les champions du chantier naval. L'existence de ces deux pays figés dans l'histoire est une excellente chose pour la Chine : encore un pays potentiellement concurrent qui gaspille son bon argent à entretenir une armée contre lui-même ; pendant ce temps, ni le Japon ni la Russie ne peuvent lui mettre le grappin dessus. Encore une fois, entretenir ces dissensions ne coûte quasiment rien à la Chine, si ce n'est l'envoi de quelques tonnes de riz et d'hydrocarbures. Quelque chose me dit que si la réunification de la Corée se fait un jour, ce sera sous l'égide de, et aux conditions de la Chine, si ce n'est dans la Chine.

Enfin le Japon (Nihon) conserve son indépendance, sa culture extra-terrestre et le lent suicide de ses populations.

NB : les idées à la base de la création de cette carte sont développées dans la page Géotripotages.

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20/01/2011

Les Chemins de la Liberté

The Way back.jpgJ'allais vous recommander, en illustration des pages qui précèdent, et particulièrement celle de l'Asie boréale, le dernier film de Peter Weir, Les Chemins de la Liberté ("The Way Back"). Hélas, trois fois hélas, les magnifiques panoramas dont ce film nous gratifie sans doute furent tournés en Bulgarie, au Maroc, en Inde et au Pakistan, donc loin de Siberia ou Oasistan qui m'auraient bien plus intéressé. On peut rêver.

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19/01/2011

Le Ministère de l'Economie du Savoir

Depuis quelques années, il y a une sorte de fureur, de la part des gouvernements, à créer des noms de ministères absolument stupéfiants, du genre "Ministère de l'Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement". Pour bien montrer que je ne vise personne, citons le "Ministère de l'Energie et des Affaires Energétiques", ce qui ne veut pas dire qu'on risque de se faire rattraper par des affaires, mais essentiellement qu'à Trinidad, on est un gros exportateur de gaz naturel, ou encore le défunt MITI (qui s'appelle maintenant METI). Systématiquement, ces noms cherchent plus à transmettre une image, une volonté, qu'à décrire l'action précise des valeureux fonctionnaires, rappelant en cela le célèbre "Ministère de la Vérité" cher à George Orwell. Cette volonté tranche avec l'ancienne présentation qui suggérait des armées de fonctionnaires écrasés de dossiers sans objet apparent. ("Combien de personnes travaillent dans votre Ministère ?" "Oh, environ la moitié")

Korea Offers Excellence in Nuclear Power Technologies.JPGLes Coréens ont inventé en 2008 le "Ministry of Knowledge Economy" (MKE), qui se traduit sans doute par le "Ministère de l'Economie Tertiaire", mais je préfère "Ministère de l'Economie du Savoir", c'est quand même plus beau. Sa mission est bien ce que son nom laisse entendre, faire basculer la Corée d'une économie industrielle florissante vers une économie tertiaire plus florissante encore. Alors que la page de garde arbore une gentille petite fille tenant la main d'un gentil robot qui doit lui servir de nounou, tout le reste est assez clair : on fait figurer le prix du baril de WTI et de jolies photos de centrales nucléaires : on sent vite qu'au-delà de l'image, il y a de l'action.

C'est ce ministère qui vient de traiter avec la Mongolie pour développer le charbon de ce pays. Soyons géopolitique : la Mongolie est loin de tout, habitée par personne, trop grande, et tous ses voisins ("tous"=2) sont bien contents qu'il en soit ainsi, puisqu'elle sert de tampon entre deux puissances potentiellement ennemies. Tous ses voisins ont donc un intérêt objectif à ne pas développer cette région, et alors que Russes comme Chinois dépensent des sommes énormes pour créer des liens fixes transcontinentaux, ces derniers ont une furieuse tendance à contourner la Mongolie. Quand on est pauvre, on reste pauvre.

Entre donc en scène le MKE et sa mission. La Mongolie, sérieusement, regorge de richesses minières, il suffit de comparer avec son équivalent chinois (Mongolie intérieure) bardée de cheminées d'usines pour s'en convaincre. Le MKE a donc proposé un deal assez sympa aux Mongols, la Corée fournit le savoir-faire et les capitaux, la Mongolie fournit le terrain (dont elle ne sait que faire) et le charbon (dont personne ne veut car la plus proche voie ferrée est à 1 500 km). Tout ça pour ? Faire des carburants synthétiques bien sûr, "green-washés" en "charbon propre". On a un peu de mal à réconcilier l'image de Bercy avec ce genre d'opérations de haut niveau.

3032854938_61f85bf47c_b.jpgSignalons au passage que la Mongolie pourrait finalement bénéficier indirectement du peu d'intérêt affiché par ses voisins : le Japon, lassé de voir grimper le prix du minerai chinois, vient d'annoncer un projet commun de développement des Terres Rares mongoles. Comme quoi, quand on est pauvre, il y a toujours de l'espoir - l'espoir de voir arriver les industries polluantes dont les pays riches ne veulent plus. Mais bon, on peut aussi rester vivre sous sa ger (on ne dit pas yourte, qui est un mot russe :-) ).

05:54 Publié dans Charbon, Economie, Energies fossiles | Lien permanent | Commentaires (0) | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook |