31.08.2006

La Californie s'engage contre l'effet de serre

Les Californiens sont de loin les Etatsuniens les plus sensibles aux thèses environnementales.

Ils se sont rendus célèbres entre autres pour avoir passé des lois tellement contraignantes sur les rejets des centrales électriques, que plus aucun opérateur privé n'a voulu investir chez eux, entraînant ainsi une inadéquation entre l'offre et la demande, celle-ci entraînant elle-même des black-out.

Ce mercredi, Arnold Schwarzenegger a signé un accord en vue de réduire les émissions de GES, avec une valeur souhaitée de -25 % à l'horizon 2020. Tous les responsables sont visés, industriels et particuliers, énergie et transport.

Pour certains, cet événement n'aura pas de suite dans l'Union, où les préoccupations économiques prennent le pas sur les enjeux environnementaux ; pour d'autres, cela ressemble au signal du départ d'une tendance lourde, puisque la Californie a déjà été à l'initiative de décisions suivies par d'autres Etats dans le passé.

Sans vouloir jouer les devins, les USA n'apparaissent plus monolithiques dans leur approche des enjeux environnementaux, et de nombreux comtés avaient déjà pris des décisions allant dans ce sens ; la décision de la Californie pése lourd sur le plan médiatique.

Sur un plan national, les USA traîneront encore les pieds pendant un "certain temps", non pas à cause des lobbies pétroliers comme on le croit souvent, mais surtout parce que ce pays manque de géants industriels dans les technologies de l'environnement ; imposer une législation dans ce sens reviendrait à ouvrir leur pays aux groupes européens avec la certitude de voir ce marché échapper à ses entreprises.

Le véritable signal du départ sera donné quand un ou plusieurs grands groupes européens auront été rachetés dans ce domaine. Rappelons que le plus gros fabricant danois d'éoliennes vient d'être racheté par GE.

06.06.2006

Un conte de Noël - 3

Premier épisode

Deuxième épisode

 

Dans le village, les gens avaient un peu peur de Georgio : il était propriétaire de beaucoup de maisons, on ne savait pas combien, et on murmurait que sa richesse n’était pas bien blanche, et même qu’il travaillait pour Petro, le mafioso. Georgio n’était pas du village, mais il fallait bien le côtoyer  si on voulait trouver une maison. Léo pensa qu’il fallait tout essayer, et se dirigea vers la grande maison de Georgio, la seule maison neuve du village. Léo sonna ; à sa grande surprise, Georgio vint lui ouvrir en personne.

« Bonjour Léo, quel bon vent t’amène ?

« Voilà, euh, je m’excuse de te déranger…

« Mais entre, entre Léo ; ça me fait plaisir de te voir ici. Veux-tu un café ?

« Euh non, je ne reste pas, je voudrais juste te parler…

« Mais assieds-toi, tu as bien cinq minutes !

« …du danger qui pèse sur le village.

« Du danger ? Mais quel danger, mon bon Léo ? » fit Georgio depuis la cuisine.

« Nous risquons d’être inondés ! En cas de pluie importante, la conformation du village fait que … ta maison sera sous trois mètres d’eau » dit Léo en regardant ses notes.

« Ah oui, l’inondation : je suis au courant »

« Hein ? Mais qui t’en a parlé ?

« J’ai fait faire une étude, il y a quelques années, quand je suis arrivé dans le village. » fit Georgio en revenant avec deux tasses à café. « A cette époque, personne au village ne voulait me parler, et j’ai fait faire l’enquête par un bureau indépendant. Si mes souvenirs sont exacts, c’est plutôt 1m50, pas 3 mètres. »

« Et pourquoi tu ne l’as pas dit ?

« Encore une fois, à l’époque, personne ne voulait me parler. Tu sais, ça n’a pas énormément changé.

« Mais tu risques d’être ruiné !

« Mais non Léo, voyons. D’abord il y a des assurances pour ça, et puis j’ai d’autres propriétés ailleurs que dans ce village. Ne t’inquiète pas pour moi Léo.

« Mais ta maison ? Elle sera perdue !

« Ce n’est qu’une maison : les gens du village me l’ont souvent répété : après tout, je ne suis pas d’ici.

 

Léo quitta la maison de Georgio complètement abattu. En sortant, il tomba sur le mendiant du village ; celui-ci lui agita sa sébile sous le nez, mais Léo secoua la tête sans rien dire.

« Qu’est-ce qui ne va pas Léo ? Tu en fais une tête ? »

« C’est terrible, personne ne veut rien faire.

« Faire quoi ?

« L’inondation. Le village va être inondé, et personne ne veut rien faire.

« Inondé, le village ? Merci, c’est sympa !

« Euh, quoi ?

« Je n’ai rien à moi, juste les vêtements que j’ai sur le dos, et tu viens me dire que le village va disparaître ? Tu ne crois pas que ma vie est assez dure comme ça ? » et il s’éloigna.

 

Léo s’assit par terre et se mit à pleurer. La pluie commença à tomber tout doucement.

05.06.2006

Un conte de Noël - 2

La première partie est ici.

 

Décontenancé, Léo marcha au hasard dans son village ; ses pas le conduisirent à la pharmacie de son oncle : il regarda rapidement par l’entrée : la petite pharmacie était vide. Il entra et appela.

« Paléo ! Tu es là Paléo ? » Son oncle surgit de l’arrière-boutique, le sourcil relevé.

« C’est toi Léo mon garçon ? Tu viens encore m’acheter des capotes ?

« Oh arrête avec ça. Non c’est sérieux, je peux te parler cinq minutes ?

« Tu es malade ?

« Mais pas du tout ! C’est le village qui est malade. Enfin, en danger.

« Eh bien. Quelqu’un a la grippe ?

« C’est pas ça : le village va être inondé.

« Mais qui est-ce qui t’a mis ça dans la tête ?

« Personne, je l’ai calculé moi-même !

« Je vois, je vois. Tu dors bien en ce moment ?

« Mais écoute enfin ! Le Maire ne veut rien faire, il faut organiser quelque chose.

« Le Maire ne veut rien faire ? Oh c’est que ça doit pas être si grave, ou alors il a une solution mais il t’a pas expliqué. Ecoute, j’ai encore mes comptes à finir là, mais si tu veux tu repasses ce soir, on parlera de ton problème de sommeil ? Tiens, prends un bonbon, à ce soir.

Léo quitta la pharmacie, furieux. « Mais pourquoi personne ne veut m’écouter ? Ils sont tous devenus idiots, ou incapables… Tiens, si c’est comme ça, je vais les forcer à écouter, je vais aller voir Holo ! » Holo élevait quelques chèvres plus haut sur le plan ; le soir, il faisait fonctionner la petite radio FM du village, « Tous en Cène  FM »

« Holo, il faut que tu me rendes service.

« Bien sûr Léo, tu as besoin d’une chèvre ?

« Il faut que je lance un appel sur ta radio.

« Tu as perdu tes clés ?

« C’est une émission sérieuse Holo : le village est menacé d’inondation.

« Woah génial : comme Orson Welles !

« Qui ça ?

« Ecoute, ce soir je déplace un peu l’émission à cause du tarot chez Jean-Pierre, mais tu peux être là à 10 heures ? Disons 10 heures moins le quart ? Super, à toute.

« Tous en Cène FM » n’avait qu’un micro, comme le comprit très vite Léo : à chaque fois qu’une phrase dépassait 10 mots, Holo lui coupait la parole et passait de la musique ; Léo, un peu rouge, vit qu’il était presque onze heures. Holo, lui, était en pleine forme.

« Et n’oubliez pas que si vous voulez réagir en direct à notre émission-catastrophe, appelez le 04 48…. »

Le téléphone sonna. Holo, surexcité, bascula directement l’appel sur l’antenne.

« Tous en Cène vous écoute ! Bonsoir ? » Une petite voix se fit entendre.

« Bonsoir, puis-je parler à Léo s’il vous plaît ?

« Il vous entend Madame, posez votre question ! 

« Voilà, je suis bien contente que Léo se soit trouvé une occupation, félicitations à Léo. Et dites-lui qu’il pourrait m’appeler de temps en temps. » Léo attrapa le bras d’Holo et dit dans le micro :

« Merci Mamie. Je t’appelle, bisous. » Holo, imperturbable, enchaîna avec un nouveau morceau. Le téléphone sonna de nouveau. Holo hésita à peine :

« Et c’est encore un auditeur ou une auditrice pour Tous en Cène FM ! Allo ? »

« Bonsoir ! Je viens d’écouter votre émission, et ça m’a fait penser…

« Oui ? » fit Léo, plein d’espoir

« Vous n’auriez pas un disque des Chemical Brothers ?

 

A suivre :).

04.06.2006

Un conte de Noël - 1

Léo habitait un petit village aux maisons dorées par le soleil, dans un petit vallon à l'écart des touristes et des vilaines autoroutes. Léo était bon en calcul, à la fin du dîner, c'était toujours lui qui sortait son crayon pour répartir la note du restaurant. Un jour, Léo fut intrigué par une émission de télévision sur les inondations ; alors il sortit son crayon et fit quelques calculs. A la fin de la nuit, il se rendit compte que le joli vallon qui abritait son village risquait d'être inondé. Affolé, il courut chez son cousin Pléisto.

"Léo, c'est toi ? Et qu'est-ce qui t'arrive, au milieu de la nuit ?"
"Pléisto, nous sommes en danger ! Le village va être inondé !"
"Ah oui ? D'eau ou de pastis ?" "Ne plaisante pas, c'est grave ! Il va falloir abandonner le village !"
"Léo, mon père est né dans cette maison, et avant lui son père. Elle est tout ce que j'ai ; pour moi, rien ne serait pire que de l'abandonner. Allez, va te recoucher"
Léo alla se recoucher, mais ne put dormir, et au petit matin, sa décision était prise : il devait sauver le village, coûte que coûte. Il alla voir le maire.

"Monsieur le Maire, bonjour, je..."
"Et bonjour Leo, tu as l'air d'avoir mal dormi."
"C'est pas grave, ce qui est grave, c'est qu'il faut que nous abandonnions le village."
"Et pourquoi diable ? Les touristes débarquent ?"
"Je vous en supplie, Monsieur le Maire, c'est sérieux, le village risque d'être inondé !"
"Calme-toi, Léo, ça ne peut pas être si grave. Raconte-moi comment ça se pourrait se passer." "Voilà" dit Léo en dépliant une grande feuille pleine de calculs, "Le bassin versant a subi de grandes modifications depuis une dizaine d'années, et le ruissellement n'est plus contenu par l'absorption sylvestre, et comme le ratio de surfaces couvertes par rapport au débit maximum..."
"Attends, Léo, tu veux pas me la faire courte ?"
"Le bas du village pourrait être recouvert de 3 m d'eau."
"Ah. Et tu veux évacuer le village pour ça ?"
"Mais... Mais oui : si ça se produit, il y aura forcément des gens qui ne pourront pas s'échapper, il y aura des morts !"
"Léo, tu veux ma place ?"
"Comment ?"
"Léo, si tu veux ma place, je te la donne tout de suite : être maire d'un petit village, c'est pas si drôle qu'on croit. Et comme ça, tu pourras faire évacuer le village si tu veux. Mais en attendant, c'est non."
"Mais pourquoi ?"
"Léo, si tu savais tous les problèmes qu'on a dans le village, et qu'on a du mal à régler... Alors je vais pas leur parler de ceux pour lesquels je ne peux rien faire. Et puis, tu es sûr que ça se produise avant qu'on soit tous morts ? Allez, rentre chez toi Léo."

A suivre :).

 

26.05.2006

Quelle politique de l'énergie en France ?

La France, contrairement à ce qu'on raconte fréquemment, est un formidable gisement de pétrole avec peu d'idées pour le gérer. Et pourtant ce n'est pas difficile : l'énergie est un sujet hautement technique et économique, où les chiffres pèsent lourd. Examinons la déclaration du premier ministre, Dominique de Villepin sur la politique énergétique, le 15 mai 2006. Le Premier ministre commence par les principes : 1) "réduire le poids de notre facture pétrolière", tout-à-fait louable, et 2) "parvenir à un partage équitable du "fardeau" pétrolier" : là, on est déjà plus inquiet. Les moyens employés sont : le développement des biocarburants, le réacteur nucléaire de nouvelle génération, EPR, et une nouvelle subvention pour le photovoltaïque. Jusque là, pas grand-chose de nouveau ni de choquant, même si ces trois énergies ont chacune leurs défauts. Mais plus loin, le Premier Ministre s'engage à rétrocéder les taxes pétrolières aux Français : ceci va à l'encontre de toute bonne politqiue énergétique : subventionnner la dépense de produits pétroliers envoie exactement le message contraire à ce qui est nécessaire aujourd'hui.

Bien d'autres choses sont possibles aujourd'hui dans le domaine de l'énergie : il faut promouvoir les bâtiments zéro énergie, avec le solaire thermique et le petit éolien, et une isolation thermique intelligente. En revanche, les éléments consommateurs excessifs d'hydrocarbures doivent être taxés, et non pas subventionnés.

Le graphique des émissions de CO2 de la France est pourtant facile à lire : alors que l'industrie en général a bien appris sa leçon avec les deux chocs pétroliers, et a su rester vertueuse, au contraire le résidentiel et le transport ne font qu'augmenter leurs émissions.

Or, résidentiel et transport sont clairement les domaines où l'action "intelligente" de l'état auprès de ses citoyens devrait se faire sentir. Dans le domaine de l'énergie, nous n'avons pas besoin de génies : juste quelqu'un qui lise les chiffres correctement.

Le texte complet de l'intervention du Premier Ministre.

24.05.2006

Quelles sont les priorités ? 1 - Réchauffement mondial

Les événements qui vont se produire dans les années qui viennent vont, à eux tous, dépasser notre capacité d'action. Il est utile d'établir des priorités, et d'évaluer dans chaque cas nos réelles capacités d'action.

Réchauffement mondial.

Il semble établi que le réchauffement planétaire est une conséquence de l'augmentation des GES (Gaz à Effet de Serre) dans l'atmosphère, elle-même consécutive à notre activité de tous les jours. Qu'y pouvons-nous ?

Il est aisé de réduire notre consommation énergétique dans le domaine résidentiel : la faible qualité thermique des bâtiments modernes peut être améliorée, et des bâtiments "zéro énergie" sont déjà disponibles - sur le papier. Dans la réalité, même en travaillant à marche forcée, nous parviendrons au mieux à remplacer 30 % de nos bâtiments en 30 ans : nous ne pouvons détourner qu'une partie de notre PNB vers la construction, et les entreprises concernées sont elles aussi en nombre limité.

L'autre secteur gourmand en hydrocarbures est le transport. Le transport individuel est relativement facile à améliorer : si nous prenons des décisons maintenant, nous pouvons renouveler 90 % du parc automobile en 15 ans. Mais nous allons le renouveler avec des véhicules qui, au mieux, consommeront 50 % de la moyenne actuelle. Le transport routier ne peut pas non plus être remplacé par le ferroutage en quelques années.

De plus, le secteur sans solution aujourd'hui est le transport aérien : nous ne savons pas faire d'avions qui ne consomment pas de pétrole. Ce secteur est une part importante de nos émissions de GES, et présente une forte expansion dans la décennie à venir.

Le secteur de l'énergie est le troisième pourvoyeur de GES. Là aussi, des solutions sont identifiées : énergies renouvelables, nucléaire. Les énergies renouvelables sont aujourd'hui insuffisamment faciles à mettre en oeuvre pour autoriser des investissements massifs : l'Europe s'est engagée à avoir seulement 10 % de son énergie renouvelable en 2010. Quand à la solution nucléaire, elle exige d'abord une prise de conscience des citoyens, puis des investissements considérables. Le Royaume-Uni vient, par la voix de T. Blair, de changer sa vision politique à long terme sur ce plan : cela autorise un début de solution à l'horizon... 2020 !

Il faut donc admettre que, si l'on ajoute l'inaction constatée actuellement (2006), puis le coût réel des investissements concernés, les délais réalistes nécessaires pour mettre en place les solutions forcément partielles, nous ne pouvons commencer à envisager d'avoir une civilisation économe en hydrocarbures que vers le milieu du siècle. A cette date, le pétrole sera déjà devenu très rare, voir les notes sur le Peak Oil.

Sauf miracle, nous sommes bien condamnés à utiliser la totalité du pétrole encore disponible. Nous n'avons donc pas les moyens d'empêcher la quantité de CO2 dans l'atmosphère de croître.

Est-ce une raison pour ne rien faire ? Non, bien sûr, comme on le verra dans les notes suivantes.

Nous sommes à une époque où des investissements très lourds vont être exigés selon les options politiques que nous allons choisir : il est indispensable de prendre en compte la réalité avant de se lancer.

20.05.2006

Conférence : L'homme et l'avenir de la planète - 3 - Intervenants.

Les orateurs présents à la conférence ont tous un pedigree impressionnant ; je ne signale que leurs activités en cours ou récentes.

Etienne Klein : professeur de physique et d'épistémologie à l'Ecole Centrale : écrivain.

Dominique Leglu : directrice de rédaction du mensuel scientifique Sciences et avenir.

Yves Chauvin : Prix Nobel de Chimie, membre de l'Académie des Sciences.

Pierre Delaporte : Président d'honneur d'EdF.

Jean-Louis Etienne : Médecin, biologiste, explorateur.

Claude Nahon : Conseil National du Développement Durable, directrice de l'environnement et du développement durable d'Electricité de France.

Christian Ngo : Directeur scientifique du CEA.

Didier Reynders : vice-premier ministre de la Belgique.

Philippe Kourilsky : Professeur au Collège de France.

Pierre-Etienne Bisch : Président de Météo France.

Marie-Lise Chanin : Directeur de Recherche Emérite au CNRS.

Christian Gollier : Professeur d'économie à l'université de Toulouse, écrivain.

Jean Jouzel : Directeur de l'Institut Pierre Simon Laplace.

Michele Pappalardo : Présidente de l'ADEME.

Claude Lorius : Responsable du Programme Climat et du Comité pour les Recherches Antarctiques.

Jordi Pujol I Soley : ancien Président du Gouvernement Autonome de Catalogne.

19.05.2006

Conférence : L'homme et l'avenir de la planète - 2 - Climat

Climat. Ph. Kourilsky prend de la hauteur en invoquant le problème de l'équité. L'absence de coordination USA/Chine/Inde rend les choses plus difficiles, la formation, l'information sont insuffisantes. J. Jouzel confirme que la corrélation élévation de température-action anthropique est avérée, et ajoute calmement qu'on n'échappera pas au réchauffement climatique. C. Lorius signale qu'il n'y a que 5°C d'écart entre notre époque et un âge glaciaire. PE Bisch est très factuel : la température moyenne de la France a déjà gagné 1°C en moins d'un siècle ; les pluies d'hiver intenses ont augmenté, comme la sécheresse l'été. En revanche, pas de modification du régime des cyclones. Marie-Lise Chanin décrit la dégradation subie par l'atmosphère : alors que le Protocole de Montréal (prohibant l'emploi des CFC) a 20 ans, on commence seulement à constater une amélioration de la couche d'ozone. Elle signale que malheureusement, les substituts trouvés aux CFC sont de puissants GES (gaz à effet de serre) ! Elle laisse entendre que nous avons beaucoup à découvrir de la relation soleil-climat. M. Pappalardo signale qu'une cause dont seuls nos enfants et petits-enfants bénéficieront est peu motivante. Aussi les choses s'aggravent : alors qu'on sait aujourd'hui fabriquer des bâtiments à énergie positive, leur consommation a augmenté de 22% en dix ans. Si tous les secteurs sont concernés, les ménages consomment 50% de l'énergie ; la plus grande aide actuelle est le récent renchérissement des hydrocarbures. Chr Gollier fait une peinture pessimiste de l'aspect financier : sous cet angle, rien ne justifie d'investir dans la protection du climat. Jordi Pujol présente les réflexions du politique : les scientifiques se sont déjà trompés, notre société est fondée sur la consommation d'énergie, les citoyens ne veulent pas renoncer à leur niveau de vie.

Ce qui n'a pas été dit : l'évolution climatique ne sera pas linéaire, et ne se limitera pas à un glissement vers le pôle du climat : certaines zones seront protégées, d'autres subiront des évolutions excédant nos capacités d'adaptation, et cela bien avant la fin du siècle.

18.05.2006

Conférence : L'homme et l'avenir de la planète - 1 - Energie

Les conférences sont un excellent moyen de prendre la température sur un sujet donné, celle des spécialistes, et celle des auditeurs. Celle-ci rassemblait autour de 4 thèmes (Energie, climat, biodiversité, urbanisation) une quantité considérable de matière grise de haut niveau (ci-dessous liste des intervenants) avec un doctorat au m². Maison de la Chimie, 17 mai 2006

Energie. On attaque par un clash organisé entre Etienne Klein ("notre mode de vie n'est pas durable") et Yves Chauvin ("Ne nous affolons pas"), qui prit le contrepied de la conférence en déclarant que les économies d'énergie (type Negawatt) suffiront à éviter les problèmes. Comme quoi, même un Prix Nobel peut avoir des opinions... étonnantes ; par la suite, aucun intervenant ne défendra cette thèse. Christian Ngo, sans aller dans ce sens, insiste sur la "stupidité" de certaines utilisations : 30 % de l'énergie consommée sert à produire de la chaleur, phase la plus dégradée de l'énergie, constat effectivement désastreux. Plusieurs intervenants condamnent le moteur à hydrogène pour de nombreuses raisons, dont la rareté du platine. Les véhicules hybrides (type Toyota Prius) sont au contraire appréciés. Pierre Delaporte souligne que le fixe et le mobile ont des performances divergentes ; que le "negawatt a un coût" ; que la coopération européenne est indispensable ; il lance un appel pour "un foldingue comme JFK", qui a su en 1961 emmener son pays dans le programme Apollo, pari injouable à l'époque. Il ajoute qu'il faut investir massivement dans la recherche, sinon nous investirons massivement dans le porte-monnaie de l'OPEP. D. Reynders décrit la difficulté politique, avec deux décisions récentes de l'Etat Belge : rembourser une partie des factures de fuel domestique, et sortir du nucléaire en 2015 : les préoccupations immédiates prennent le pas sur le long terme. C. Nahon secoue alors la salle en soulignant avec force que le problème de l'énergie est aussi celui du CO2, avec de nombreux freins politiques et techniques : la gestion des certificats CO2 est inefficace (NDA : le prix du certificat CO2 vient de chuter, car trop de pays satisfont facilement des objectifs mal calculés). Elle passe en revue les solutions connues, qui toutes seront une partie de la solution, et devront être mises en oeuvre, en insistant sur le solaire thermique, domaine où la France est faible, et l'hydroélectricité des pays émergents. Le CO2 est un problème mondial, donc difficile à résoudre : "il faut agir vite pour le long terme". JL Etienne intervient avec beaucoup d'humilité pour décrire l'évolution de son opinion sur le nucléaire. Lui aussi appelle de ses voeux un "choc cathartique", qui permettrait aux politiques de s'emparer du problème dans le bon sens.

En filigrane de ce qui a été dit, ce qui n'a pas été dit est indicatif : l'épuisement progressif du pétrole, menant à des tensions insupportables au cours de la prochaine décennie, n'est pas envisagé ; l'absence de "plan B" en cas de difficultés d'approvionnement non plus ; la relative inaction politique actuelle est justifiée par un prix de l'énergie trop bas. Un auditeur insistera sur la démographie, moteur de problèmes supplémentaires.

En fait les problèmes paraissent multiples, à commencer par une prise de conscience insuffisante de la part du public, elle-même provoquée par un prix de l'énergie trop bas, et aggravé par la croyance que le temps et/ou le marché règleront les problèmes, qui apparaissent de toutes façons lointains.

La réalité est toute autre, mais elle n'a pas été martelée : c'est au cours de la prochaine décennie que la production mondiale de pétrole commencera à décliner ; certains pays n'attendront pas ce moment pour "prendre des précautions" ; les tensions consécutives poseront de graves problèmes. La fuite en avant des trois grands Chine, USA, Inde, ne fait que rapprocher les échéances.

10.05.2006

La réponse du berger

Alors que Ségolène en est toujours aux interrogations (voir note sur la méthode Ségolène), l'autre candidat putatif aux Présidentielles a déjà son acte de foi écologique en ordre de marche, comme le montrent les interventions de la convention UMP sur l'écologie, que nous résumons ici en quelques mots.

Après avoir laissé Nelly Ollin rappeler historique et enjeux, puis Nicolas Hulot exhorter les participants à aller de l'avant, N. Sarkozy fait une présentation musclée et construite des principaux sujets ayant trait à la protection de l'environnement.

N. Sarkozy commence par donner la parole aux Français (ou leur confisque ?) en signalant que l'écologie est une préoccupation de chacun ; il rappelle le droit de chacun à vivre dans un environnement équilibré, où l'écologie serait au niveau des deux autres "cercles", social et économique : tout cela est institutionnel.

Mais il attaque ensuite plus fort en demandant à ses troupes de renouveler en profondeur leur perception de l’écologie, et de proposer un projet d’écologie populaire : ça secoue un peu plus. Il propose la création d'un comité national environnemental, concerné par le principe de précaution et la transparence dans un premier temps. Il recommande plus de transparence dans le nucléaire (sans le remettre en question), et envisage que chaque Français puisse communiquer la part de son dossier médical qu'il souhaite.

N. Sarkozy pose ensuite un calendrier, avec la résolution de tous les problèmes écologiques (climat exclu) en une génération. Les acteurs habituels sont rappelés : ONG en tête (eh oui), entreprises, mécanismes de marché, fiscalité ; il demande que l'écologie soit réconciliée avec l'économie (enfin !), et signale que certains pays sont déjà en avance sur nous dans ce domaine.

Enfin, N. Sarkozy propose de créer un grand ministère de l’écologie regroupant au minimum l’énergie, les transports et l’équipement : là, on écarquille les yeux. Hélas, c'est aussi une manière d'éliminer ce ministère.

N. Sarkozy termine en insistant sur des notions plus modernes de l'environnement : positionnement des USA, relations Nord-Sud, droit d'émettre du carbone.

En résumé, un discours écrit par des connaisseurs de l'environnement, montrant une certaine compréhension de la problématique actuelle. Bien sûr, on peut faire mieux, mais c'est déjà beaucoup pour un discours destiné à des militants UMP. Alors, Ségolène ?

PS : clin d'oeil à mes camarades de Jussieu, je cite : "La France doit se doter d’une filière scientifique de formations courtes et longues dans le domaine de l’environnement" : Yes !

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